Dans le jeu concurrentiel auquel se livrent les établissements de formation de l’enseignement supérieur dans le monde, chaque système éducatif tend à prouver qu’il est le meilleur pour attirer de nouveaux étudiants. C’est dans ce contexte que se sont  multipliés les classements des établissements supérieurs. Or, ils sont liés à l’histoire de l’éducation du pays qui les a initiés et inévitablement soumis à une culture d’influence. Pour cette raison, ils sont relatifs et discutables. Utilisés dans une démarche d’orientation, il est nécessaire de rappeler que leurs indicateurs doivent  être rapportés à un projet personnel adapté à chacun.

Dès le départ, tous les établissements ne se catégorisent pas de la même façon :
* formations sélectives <-> ouvertes à tous
* établissements privés <-> établissements publics
* formations générales <-> formations spécialisées

Face à la masse d’informations qui circulent via les médias, les professionnels mais aussi les jeunes et leur famille recherchent des repères et des indicateurs pour faire des choix avisés. En réponse, le ministère a imposé aux universités françaises la mise à disposition via leur site internet des résultats d’enquêtes d’insertion de leurs diplômés.

C’est donc dans un contexte assez nébuleux pour les futurs étudiants en recherche d’orientation que paraissent dans le paysage médiatique plusieurs classements d’établissements.

Ces classements émanent principalement de 3 sources :
– les médias, les autorités de tutelle de l’éducation, les établissements d’enseignement.
A l’origine, il s’agit de classements nationaux qui se sont internationalisés. A l’image des modèles éducatifs sous-jacents, ils sont teintés culturellement.

Les principaux classements nationaux

En France, ce sont avant tout les groupes de presse qui publient des classements : le Figaro, le nouvel Observateur, l’Etudiant, Studyrama, Challenge, le Point, l’Express ou l’Usine nouvelle (écoles d’ingénieur)… Les établissements visés sont principalement les grandes écoles (management et écoles d’ingénieur) et les classes préparatoires. Ils sont complétés par des classements thématiques ponctuels : écoles de design, du numérique, … Les sources d’information pour les mettre au point étant déclaratives, ces classements sont indicatifs et ne bénéficient d’aucune reconnaissance officielle.

De son côté, le ministère publie annuellement les statistiques de réussite dans les parcours universitaires : DUT, L1, L2, L3 et Licence pro, masters.

Au Royaume-Uni, on retiendra :

En Suisse : university rankings

En Allemagne, en Autriche et en Suisse, le CHE  offre plutôt une notation des établissements germanophones sur la base d’indicateurs plutôt qu’un classement : http://ranking.zeit.de

Au Canada : Macleans

Les palmarès internationaux

U-multirank

Lancé en 2014 par la commission européenne, cet outil à visée mondiale qualifie les universités (plutôt qu’il ne les classe) en fonction de 31 critères. Il permet une comparaison entre établissements sur les éléments suivants : activités de recherche, proximité des entreprises, enseignement, visée internationale. Les champs d’étude cibles : business, informatique génie-électrique, médecine, génie-mécanique, physique, psychologie. Il doit encore être étoffé pour être pleinement satisfaisant

www.umultirank.org

QS worldwide university ranking :

Ce palmarès repose en grande partie sur des enquêtes d’opinion à partir de 6 indicateurs :

  • la reconnaissance académique par les pairs (40%)
  • la réputation après des employeurs (10%),
  • le ratio professeurs /étudiants (20%),
  • le nombre de citations par faculté (20%),
  • le taux d’étudiants internationaux (5%)
  • le taux d’enseignants-chercheurs étrangers (5%).

Les écoles s’en sortent plutôt mieux que les universités, portées par la note sur le taux d’encadrement.

QS world wide university ranking

Classement de Shanghaï ou ARWU

Fondé principalement sur des critères liés à la recherche à partir de 6 indicateurs :

  • qualité de l’enseignement : prix et récompenses accordés aux anciens étudiants (1O%)
  • récompenses accordées aux enseignants-chercheurs (20%)
  • publications dans Nature & Sciences (20%)
  • citations (20%)
  • publications indexées dans « science citation index-expanded » et « social science citation index » (20%)
  • indicateur de pondération par rapport aux nombres d’enseignants et de chercheurs (10%)

ARWU – Shanghaï

Financial Times 

Classement des écoles de gestion d’entreprise à forte orientation internationale. Sur les 4 classements qui concernent des programmes de formation continue pour les cadres, seul le Master’s in Management Programme évalue des programmes de formation initiale. On évalue ici la satisfaction des clients sur 4 aspects :

  • la progression de la carrière
  • l’orientation internationale des programmes
  • la performance de recherche du corps enseignant
  • l’équilibre en terme de répartition sexuée

Un rôle dominant est attribué au salaire (40% de l’appréciation) et à la publication dans une revue de langue anglaise (10%) ce qui témoigne d’une approche anglo-saxonne lié au monde des affaires.

Limites : dans certains champs d’activité moins rémunérateurs, les professionnels peuvent être enclins à ne pas répondre et des cabinets de conseil interviennent auprès des écoles pour faire progresser leur place dans les classements

Business school rankings from the financial times

THE, Times Higher Education

Principalement axé sur la notoriété de la Recherche auprès des universitaires. 5 critères sont considérés :

  • qualité de l’enseignement (30%)
  • notoriété de la recherche (30%)
  • impact de la recherche (32,5%)
  • implication des entreprises (2,5%)
  • part des internationaux, personnel et étudiants (5%)

www.timeshighereducation.com

Le CWUR (Center for wolrd university ranking)

Depuis 2012, le CWUR  propose un classement de 1000 universités au niveau international et par pays. Il laisse apparaître les points forts et faibles des établissements mais ne tient pas compte des champs disciplinaires.
Ses critères sont au nombre de 8, les deux premiers sont pondérés par la taille de l’établissement :

  • qualité d’éducation : prix et récompenses des alumni (25%)
  • insertion professionnelle dans les grandes compagnies (25%)
  • qualité de l’université mesurée par les récompenses accordées aux enseignants (25%)
  • nombre de publications (5%),
  • rayonnement à l’étranger (5%)
  • citations (5%)
  • impact et brevets déposés (5%)

http://cwur.org

Les labels et accréditations

En France, la 1ère attribution passe par la reconnaissance de l’Etat ou au moins son homologation ainsi que l’inscription des formations au RNCP (registre national des certifications professionnelles). Il s’agit déjà d’un minimum.

Si l’école fait partie de la CGE (conférence des grandes écoles), cela signifie qu’elle respecte un niveau d’exigences certain. Le « visa » du ministère de l’Education valide le contenu de la formation, le corps professoral et l’insertion professionnelle.

Enfin, le summum consiste à afficher un label de qualité

– le label américain AACSB (association of advance collegiate schools of business)

– le label européen EQUIS (european quality improvement system)

– le label britannique AMBA (association of masters of business administration)

Quelques établissements affichent les 3 labels simultanément.

Le label EPAS (EFMD programme accreditation system) d’une formation offre l’assurance que l’école est internationale et permet de poursuivre le parcours à l’étranger.

Le système d’enseignement supérieur français présente d’abord les caractères d’un système élitiste plutôt que compétitif. Intégrer une classe préparatoire aux grandes écoles, une école d’ingénieur ou d’architecture peut s’avérer difficile mais pas des plus coûteux pour l’étudiant au regard du prix à payer dans les universités américaines, britanniques ou australiennes. Du point de vue des établissements français, il n’était pas nécessaire jusqu’alors de séduire les candidats pour qu’ils viennent à eux. S’en suit un constat : leur habileté plutôt faible à communiquer en terme d’image et de publicité.

Très différemment, les étudiants britanniques consultent les classements nationaux pour hiérarchiser convenablement leurs vœux parce que toutes les universités y figurent et qu’ils sont limités à la formulation de 5, voire 4 vœux seulement. Les prix élevés de la scolarité britannique (jusqu’à 11.500€ officiellement) ont aussi tendance à renforcer la compétition entre les établissements et à intensifier leur stratégie promotionnelle.

Cependant, l’internationalisation de l’enseignement est venue troubler le jeu. Dans les palmarès internationaux, les établissements français s’en tirent moyennement : de taille souvent modeste, n’associant pas toujours un laboratoire de recherche à l’enseignement, publiant avec parcimonie en évitant les redondances…

Sollicités de toute parts pour participer à des enquêtes médiatiques, des écoles d’ingénieur militent pour la mise en place d’une base de données commune rassemblant des informations chiffrées relatives à leurs écoles et qui serait accessible aux journalistes pour y puiser leurs indicateurs.

En conclusion…

Bien estimer la qualité d’un établissement d’enseignement supérieur en Europe consisterait :

  • à utiliser les classements internationaux les mieux établis s’ils sont adaptés au champ d’étude et à la situation de l’étudiant : particulièrement brillant, en quête d’élitisme et de reconnaissance internationale
  • à consulter les enquêtes d’insertion pour les cursus universitaires
  • à vérifier les labels et accréditations dans le cas des écoles de commerce et de management
  • à consulter les anciens étudiants (alumni)
  • à tenir compte de paramètres pratiques et géographiques intervenant dans le bien-être et la vie quotidienne : infrastructures sur place, facilités à se loger, environnement, coût de la vie (logement, transport), dimension affective, facilité des déplacements, équipements sportifs, …
  • à demander conseil auprès d’un service d’orientation extérieur sur le statut des établissements visés, leurs coûts, le contenu des formations, les statistiques d’insertion professionnelle

Bref, se comporter en étudiant averti consisterait à sélectionner les informations sur les établissements qui correspondent à  son profil et son projet  pour pouvoir étayer un jugement mais ne pas réagir systématiquement à toutes les informations disponibles.

Pour aller plus loin

www.resosup.fr : le réseau des observatoires de l’enseignement supérieur

www.lacourroie.fr : la conférence universitaire en réseau des responsables de l’orientation et de l’insertion professionnelle des étudiants

www.educpro.fr

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